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Opposition de marque : évaluer les chances de succès

Évaluer les chances de succès d’une opposition de marque, c’est comparer les signes, les produits et services, puis mesurer la solidité de la marque antérieure. L’opposition permet au titulaire d’une marque antérieure de faire obstacle à l’enregistrement d’une marque plus récente. Que vous envisagiez d’en former une ou que votre dépôt soit visé, l’office saisi (l’INPI en France, l’EUIPO pour l’Union européenne) examine les mêmes points. La procédure, les délais et les taxes sont exposés sur la page faire opposition à une marque.

L’office détermine s’il existe un risque de confusion

Si les signes (noms ou logos déposés) et les produits ou services sont identiques, le risque de confusion n’a pas besoin d’être démontré. Dans les autres cas, il faut rechercher un risque de confusion dans l’esprit du public (article L. 711-3 du code de la propriété intellectuelle ; article 8 du règlement sur la marque de l’Union européenne). Consommateurs ou professionnels, selon le secteur, pourraient-ils croire que les produits ou services proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées ?

Ce risque s’apprécie globalement : une forte similarité entre les signes peut compenser une similarité plus faible entre les produits, et inversement.

Statistiquement, dans trois cas sur quatre environ, l’INPI décide qu’il existe un risque de confusion : l’opposition est accueillie et la marque rejetée, au moins partiellement. Sur les 59 519 décisions de notre base qui tranchent le fond (état au 12 septembre 2026), 75,4 % donnent au moins partiellement raison à l’opposant.

La similarité des signes s’apprécie visuellement, phonétiquement et conceptuellement

Visuellement, les débuts des deux signes sont-ils identiques, le signe contesté reprend-il les lettres de la marque antérieure dans le même ordre ? À l’oreille, on compare les syllabes communes, leur nombre, le rythme. Reste le sens : les mots sont-ils synonymes, du même champ lexical ?

On vérifie aussi si les éléments communs sont distinctifs : un terme qui décrit le produit ou le service n’a, en principe, pas de caractère distinctif et ne peut pas être monopolisé.

Ce qui compte, c’est le libellé des produits et services tel qu’il est dans la marque

Des produits ou services peuvent être similaires s’ils ont la même nature, la même finalité, les mêmes canaux de distribution ou le même public, ou s’ils sont complémentaires ou concurrents.

Les conditions d’utilisation réelles ou supposées sont indifférentes : l’office compare les listes de produits et services des deux marques, non l’activité de chacun. Le rangement des produits dans une même classe ou dans des classes différentes est aussi sans incidence (article R. 712-3-1 du code).

La similarité se démontre. L’INPI a ainsi refusé de tenir des services pour identiques dans une affaire où « la société opposante se contente d’affirmer » leur identité sans l’expliquer (INPI, 30 juin 2023, OP 22-2976).

Ce qui renforce une opposition

Lorsque la marque antérieure est reproduite intégralement dans le signe contesté, le risque de confusion est généralement retenu ; l’ajout d’un élément descriptif ou faiblement distinctif suffit rarement à l’écarter. La connaissance de la marque sur le marché compte aussi (considérant 11 du règlement) : un caractère distinctif renforcé par l’usage peut valoir une protection accrue.

La renommée va plus loin : elle permet de s’opposer même pour des produits ou services différents, lorsque l’usage de la marque postérieure, sans juste motif, tirerait indûment profit du caractère distinctif ou de la renommée de la marque antérieure, ou leur porterait préjudice (article L. 711-3 du code ; article 8, § 5, du règlement). Encore faut-il en réunir les preuves.

Ce qui fragilise une opposition

Hors renommée, une marque n’est protégée que pour des produits et services identiques ou similaires : c’est le principe de spécialité.

Lorsque la marque antérieure est enregistrée depuis plus de cinq ans, le déposant (celui dont le dépôt est contesté) peut exiger, dans le délai qui lui est donné pour répondre, la preuve de l’usage sérieux de cette marque au cours des cinq années précédant ce dépôt. Un usage sérieux est un usage réel, tourné vers le marché. À défaut de preuve, l’opposition est rejetée ; si l’usage n’est prouvé que pour certains produits ou services, la marque n’est réputée enregistrée que pour ceux-là (articles L. 712-5-1 et R. 712-16-1 du code ; article 47, § 2, du règlement). Il est conseillé de réunir ces preuves avant d’agir : voyez comment constituer une preuve d’usage.

Que peut-on obtenir d’une opposition ?

L’office peut rejeter le dépôt contesté, en totalité ou pour une partie des produits et services, ou rejeter l’opposition. L’opposition ne porte que sur l’enregistrement : ni l’INPI ni l’EUIPO ne peuvent accorder de dommages et intérêts, ni interdire l’usage du signe. Une décision défavorable peut néanmoins limiter l’exploitation future du nom ; un litige sur l’usage appelle une autre analyse, celle d’une mise en demeure pour contrefaçon de marque ou d’une assignation en contrefaçon.

Beaucoup d’oppositions se règlent à l’amiable : le dépôt est retiré, sa liste de produits et services est limitée, ou un accord de coexistence est signé (contrat fixant les règles d’usage de marques proches).

Dans l’évaluation des chances de succès, il faut prendre en compte également la possibilité ou non d’un règlement amiable, la possibilité de limiter ou non les produits et services, et la possibilité ou non de faire pression sur la partie adverse d’une façon ou d’une autre.

Schéma : six options face à une opposition, comparées devant l’INPI et devant l’EUIPO

Le taux de succès d’une partie représentée par un avocat est supérieur à celui des personnes qui ne répondent pas ou ne sont pas représentées dans une opposition. Les arguments peuvent porter à la fois sur la forme et sur la procédure.

Que faut-il apporter à l’avocat pour évaluer les chances de succès ?

L’avocat analyse les signes en présence, compare les produits et services et recherche la jurisprudence pertinente, pour déterminer les forces et les faiblesses de votre position. Il lui faut pour cela :

  • le dépôt contesté et sa date de publication ou, si vous êtes visé, l’opposition reçue et sa date de notification,
  • vos marques et autres droits antérieurs (dénomination sociale, nom commercial, nom de domaine), avec leurs dates,
  • les preuves datées de l’exploitation de votre marque si elle a plus de cinq ans (factures, catalogues, publicités),
  • les produits et services qui comptent réellement pour votre activité.

Questions fréquentes

Peut-on connaître à l’avance les chances de succès d’une opposition ?
Pas avec certitude. L’évaluation dégage les points forts et les points faibles du dossier ; la décision appartient à l’office et aucun résultat ne peut être garanti.

Des signes proches suffisent-ils ?
Pas à eux seuls : il faut aussi des produits ou services identiques ou similaires (sauf renommée) et, si elle est exigée, la preuve d’usage.

Faut-il répondre à une opposition ?
Rien n’oblige le déposant à répondre. Mais une opposition laissée sans défense a toutes les chances d’aboutir : voyez comment répondre à une opposition.

Faire évaluer votre dossier avant la fin du délai

L’opposition se forme dans les deux mois suivant la publication du dépôt à l’INPI (trois mois à l’EUIPO) ; ensuite, seules restent des actions plus lourdes. Pour y répondre, le déposant dispose à l’INPI de deux mois à compter de la notification, sans prolongation. Demandez un devis pour une opposition de marque ou contactez un avocat spécialiste en droit des marques avant d’agir, de négocier ou de renoncer.